Une aventure en Amazonie

Le dernier mois a commencé, la fin de mission approche bien plus vite que nous le voudrions, et nous continuons de savourer chaque minute passée en Équateur !
Aujourd’hui, nous vous emmenons pour notre aventure en Amazonie et nous vous présentons nos avancées avec le Comité et les femmes de Cotacachi.

L’Amazonie, l’aventure d’une vie

Pour certains, l’Amazonie est synonyme d’araignées velues dans une humidité lourde et fatigante. Alors que pour d’autres, ce sont des oiseaux multicolores qui volent au-dessus de l’eau sous un beau soleil chaud. Pour nous, c’était un peu d’appréhension et beaucoup de curiosité : ce n’est pas tous les jours que l’on peut plonger au cœur des forêts tropicales, accessibles seulement en pirogue ! Nous sommes donc parties trois jours et deux nuits dans la réserve de Cuyabeno, à la limite de la frontière péruvienne, tout à l’Est de l’Equateur. 

Le départ

Avec Joséphine et Marie, deux autres volontaires Impulso à Otavalo, nous partons un jeudi soir en bus de nuit pour rejoindre Lago Agrio, point de départ de notre aventure. Et quelle aventure ! Après 8h de bus, nous arrivons vers 7h du matin à Lago Agrio, dormons 1h dans des hamacs en attendant le guide, puis repartons pour 2h de bus pour s’enfoncer un peu plus dans la campagne tropicale. Nous descendons à l’entrée du parc national de Cuyabeno pour nous déclarer et manger un déjeuner puis c’est le grand départ ! Les sacs chargés dans une pirogue à moteur, un coup d’anti-moustiques, une casquette et nous voilà parties ! Nous sommes accompagnées de notre guide, d’un cuisinier et du conducteur de la pirogue, lui aussi guide.

Un retour aux sources

Vous auriez dû voir nos sourires au fur et à mesure que nous nous enfoncions dans la forêt … La joie d’être sur l’eau pour les bretonnes que nous sommes et le plaisir de respirer à plein poumons, sans souci d’altitude, ça n’a pas de prix ! Nous glissons doucement entre les arbres immenses, les yeux grands ouverts et les oreilles aux aguets. Ne sachant pas trop à quoi nous attendre, chaque froissement de feuilles nous fait sursauter et chaque “plouf” nous fait plisser les yeux ! Et notre curiosité est rapidement assouvie…

En effet, le guide nous indique un arbre et là, nous réalisons que ce que nous pouvons prendre pour des branches qui bougent sont en fait des singes ! Et il sautent ! Quelle légèreté, ils semblent voler de branche en branche, et devant tant d’agilité, notre regard peine à les suivre. Et les singes vont nous accompagner jusqu’au lodge… Nous en verrons des plus grands, des plus bruyants, certains dorment, d’autres mangent : c’est un vrai ballet ! 

Singe au coeur des arbres et de la foret
Singe au coeur des arbres et de la foret

Premier face à face avec la nature

En arrivant au lodge, nous comprenons que, par manque de touristes, celui-ci était fermé et rouvrait spécialement pour nous. Le lieu est donc extrêmement paisible et nous nous sentons vraiment au cœur de la nature. Notre guide Jorge commence par nous donner quelques règles de sécurité : toujours secouer ses vêtements avant de les mettre (surtout les chaussures) et regarder où l’on marche. Mais par-dessus tout, ne pas oublier que nous ne sommes pas chez nous, nous sommes dans l’Amazonie qui nous accueille, à nous de faire preuve de respect et de prudence… Il nous détaille ensuite un peu plus le programme : ce soir, coucher de soleil sur la Laguna Grande, balade de nuit à la lampe frontale, demain journée en kayak, excursion de jour en forêt, baignade au coucher de soleil, puis dimanche matin observation des oiseaux avant de rentrer.

De surprise en surprise

Fortes de ce programme, nous nous installons et allons essayer des bottes pour la sortie nocturne. Nous les secouons bien mais nous apprenons vite que les araignées sont bien plus malines…. Joséphine a à peine le temps de mettre un pied dans un botte qu’elle hurle de stupeur : une tarentule de la taille d’une main refuse de partager sa botte droite ! Le hurlement semble arrêter les bruits de la forêt et nous voilà toutes les quatre, immobiles face à cette fameuse botte droite debout sur la plateforme, prêtes à détaler devant la moindre patte velue…. ! L’image nous fait rire mais nous n’en menions pas large; au moins la leçon est apprise : toujours vérifier deux fois ses chaussures…

Soirée émotions

La promesse d’un magnifique coucher de soleil chasse nos émotions et nous repartons dans la pirogue pour essayer d’apercevoir des dauphins dans les lumières du soir. Le trajet jusqu’à la Laguna Grande nous fait oublier nos premières frayeurs : paresseux, dauphins roses et gris et singes, une brise fraîche et un soleil tiède nous escortent jusqu’au grand lac.  C’est une sensation magique de glisser sur l’eau, le ciel de plus en plus rose, avec de temps en temps, un dos de dauphin quelques mètres devant nous. Mais ce n’est rien comparé au coucher de soleil que nous avons eu ! Du rose, du orange vif, du bleu profond, des nuages duveteux, un cormoran qui vole, le clapotis de l’eau, et ce silence… Le temps semble figé sur ce soleil couchant, une grande inspiration, une expiration lente, nous sommes juste bien, c’est divin. 

Une aventure en Amazonie de nuit

Mais l’aventure nous rattrape, la nuit tombe, les animaux sortent, et notre guide a été très clair : il veut voir des serpents ! Alors nous nous enfonçons dans des bras du fleuve et posons le pied à terre près d’un autre lodge pour aller marcher un peu plus profond dans la forêt. Pas de gros serpent mais un bébé “Rainbow Snake” que seule Héloïse a pu garder plus de 5 secondes dans sa main, et des araignées dans tous les sens : tarentule, araignée d’eau, araignée dorée, araignée loup… Et puis. Soudain. Le guide s’arrête, et nous demande de regarder dans le faisceau de sa torche… Deux billes jaunes luisent dans le marécage : un caïman nous observe, immobile. Difficile de le distinguer en entier mais ce jaune brillant suffit à nous faire passer rapidement notre chemin : pour nous aussi il est l’heure de rentrer dîner !

Malheureusement nous n’avons pas de photos pour vous illustrer ce retour de nuit, seuls dans la forêt, qui restera un souvenir inoubliable de ce séjour. Un ciel sans nuage, constellé d’étoiles, la voie lactée bien visible, et une tiédeur parfaite dans un silence total : ce fut magique et nous n’avions presque pas envie de rentrer ! Le seul argument qui nous a fait dire que dormir sur terre serait quand même plus raisonnable fut l’apparition d’un caïman noir. Pouvant mesurer jusqu’à 6 mètres à l’âge adulte, le caïman noir est le plus grand des crocodiliens sud-américains, et à voir la joie du guide, il doit être rarissime d’en voir. A peine le temps d’apercevoir des yeux brillants et un très (très) long museau qu’un puissant coup de queue le fait plonger en un éclair. Bon, vivement la terre ferme, un dîner, et au lit…

Montagnes
Lancha sur le fleuve amazone au coeur de l'amazonie

Un samedi dans l’Amazonie

La nuit se déroule sans incident, il faut bien avouer que l’humidité favorise un sommeil profond. Le réveil se fait sans encombre sous un beau soleil, nous prenons un bon petit déjeuner et nous repartons pour la journée cette fois sans canoë à moteur. En effet, nous partons à la rame pour la journée ! 1h30 de canoë sur le fleuve est une opportunité unique pour profiter différemment de l’Amazonie : les bruits de la jungle sont encore plus faciles à écouter et la connexion à la nature est d’autant plus forte. Nous glissons doucement sous un beau soleil en écoutant le guide nous parler des oiseaux et des singes que nous croisons, encore une superbe matinée ! Par la suite, nous enchaînons avec une marche dans la forêt en plein jour pour observer les arbres et les plantes utilisés par les indiens. Nous ne voyons pas d’animaux mais la végétation a elle seule est un spectacle : lianes, troncs et branches se mêlent et se soutiennent dans un équilibre où nous sentons bien que nous sommes étrangères. De retour dans la civilisation nous prenons un bon déjeuner et passons une belle sieste dans des hamacs à refaire le monde : un vrai bonheur !

Une belle soirée

Puis sonne l’heure de repartir : un coucher de soleil nous attend et il nous faut encore rentrer à la rame… Encore une soirée à couper le souffle et les filles y font honneur : rien ne vaut une bonne baignade dans l’Amazonie ! Les couleurs sont sublimes, le moment hors du temps, impossible de s’en lasser… Si le trajet de la veille sous les étoiles était magique, ce retour sous les étoiles avec le seul bruit des rames était d’autant plus divin. Ce sont des moments que nous n’oublierons jamais, quelle chance d’avoir pu vivre une telle aventure en Amazonie !

coucher de soleil, lancha amazonie, guide touristique
arbres au milieu du fleuve, reflet dans l'eau et coucher de soleil

La fin du week-end nous montre un autre côté de l’Amazonie : la pluie ! Impossible de voir des oiseaux le dimanche matin, et nous faisons les deux heures de route vers la terre ferme sous les gouttes. Mais qu’à cela ne tienne : nous sommes heureuses d’avoir pu utiliser ces beaux ponchos jaunes qui nous rappellent un certain ciré breton…. 

Nous rentrons avec des étoiles plein les yeux et le sentiment d’avoir vécu une expérience unique. L’absence de touriste depuis plus d’un an, à cause de la crise sanitaire, a permis aux animaux de reprendre possession de leur nature. C’est une chance incroyable d’avoir vu autant de choses en 48h avec un temps aussi parfait : nous avons savouré cette chance et surtout nous gardons précieusement ces si beaux souvenirs !

Notre accompagnement avec le comité

Les vacances sont une partie très importante dans la mission. Nous l’avions ressenti : en avril, il était temps pour nous de partir pour prendre le recul que nous n’avions plus. Une grande question nous attendait : pensons-nous que ce partenariat avec le Comité soit viable sur le long terme ? Notre envie d’accompagner le Comité se renforçait chaque jour, mais la possibilité de mener à bien nos projets nous paraissait menacée par plusieurs éléments. Ces vacances nous ont permis de faire le point et les quelques semaines qui ont suivi notre retour sont venues conforter nos observations.

Les projets

D’une part, la pandémie joue véritablement en notre défaveur. Ouvrir un restaurant dans un contexte où un autre confinement rode n’est pas évident. De plus, les Équatoriens avec lesquels nous travaillons ont été très touchés économiquement parlant et cumulent parfois plusieurs petits boulots pour joindre les deux bouts. Proposer un accompagnement à des personnes qui luttent pour une survie quotidienne est bien plus qu’un simple défi. Les priorités ne sont pas les mêmes qu’en temps normal et nous sentons que ce que nous proposons n’est pas adapté. 

D’autre part, le besoin d’être accompagné n’avait jamais été clairement formulé par les femmes du Comité. Nous ouvrions un partenariat Impulso afin d’essayer de diversifier le type d’accompagnement à Otavalo (changer du micro-crédit) et répondre au fait que trois binômes (au lieu d’un) se retrouvaient à Otavalo.

C’est grâce aux contacts locaux d’Impulso que nous avons approché le Comité avec une mission : faire l’état des lieux et voir si/comment Impulso pourrait être utile. Dès le début, la situation était claire : les besoins ne manquaient pas ! Nous avons été très stimulées par tous les projets en préparation et la nécessité de trouver des sources de revenus après la pandémie. Mais l’aide que nous étions en mesure d’apporter n’était pas magique et demandait un effort des deux côtés. Il fallait que le Comité puisse nous dégager du temps pour nous expliquer leur fonctionnement; et pour des raisons que nous comprenons malheureusement bien, il a été très difficile pour le Comité de faire de notre accompagnement une priorité.

Reunion Maggi, bénévole et Héloïse
tenues traditionnelles,  bus et marché

Quidd de notre partenariat avec le Comité ?

Nous nous sommes beaucoup attachées à ces femmes et souhaitions vraiment faire une différence. Mais il y avait beaucoup trop de paramètres sur lesquels nous ne pouvions simplement pas agir. Au-delà de nous seules se posait la question pour Impulso : pouvons-nous nous assurer que ce partenariat soit intéressant sur le long terme ? Nous avions jusqu’ici adoré notre mission et su en tirer le meilleur, mais ne risquait-t-elle pas, à terme, d’engendrer plus de frustration que de satisfaction, pour nous, comme pour les binômes suivants ? Après de longs échanges avec l’équipe d’Impulso, avec Claude (la française du Comité), et entre nous, nous prenons donc la décision de clore ce partenariat.

Un dernier rendez-vous

En expliquant tout cela à Magdalena, nous comprenons aussi la dernière pièce du puzzle : le Comité a besoin de personne pour “faire des projets” et non “accompagner les femmes et les projets en place”. Cela vient à l’encontre de la mission de cœur d’Impulso : faire monter les femmes en compétences pour qu’elles gagnent en indépendance. Ce dernier argument nous rassure : même si cette décision n’est pas facile, elle reste néanmoins la bonne.

Évidemment, nous avons pris le temps d’échanger avec Magdalena et d’écouter ses remarques. Elle s’accorde avec nous pour dire qu’ils n’avaient pas su aborder l’arrivée de volontaires comme nous et qu’un tel accompagnement demandait de l’anticipation et du travail. Elle comprend donc notre décision et nous lui proposons de lui rendre un dossier écrit qui résume notre travail sur le Comedor et qui détaille des conseils pour anticiper l’arrivée d’autres volontaires. Ce dossier est aussi un très bon moyen pour nous de prendre du recul et nous le lui donnerons avant de partir. Nous nous y mettons donc !

Les prochaines semaines

Pour nous, depuis le début de notre mission, il est important que notre travail s’inscrive dans l’histoire d’Impulso. Notre objectif pour les semaines qui restent est donc très simple : faciliter au maximum le début de mission de Laurane et Julie qui prendront notre place. Nous voulons donc leur préparer un carnet de contacts qu’elles pourront exploiter pour avoir un point de départ à leur arrivée.

Travailler avec le Comité nous a permis de rencontrer beaucoup de monde, et nous connaissons très bien la province de l’Imbabura dans laquelle nous avons évolué ces derniers mois. Nous cherchons donc d’autres “socios”, d’autres coopératives qui auraient davantage le temps et l’envie d’être aidés. La semaine prochaine, nous rencontrons Margarita Pupiales, la responsable d’une coopérative de broderies à Zuleta, à une demie heure d’Otavalo, pour échanger avec elle et réfléchir si un accompagnement est envisageable. En parallèle, nous essayons d’étendre notre réseau et de mobiliser nos connaissances à Otavalo afin d’élargir nos horizons. Quelle joie et quelle fierté de constater à quel point nous avons su nous immerger dans ce pays ! Nous avons gagné en compréhension du terrain, et donc en efficacité dans nos démarche

Comptez sur nous pour tout donner dans cette dernière ligne droite et pour vous emmenez, en pensée, dans nos aventures ! 

Nous espérons que vous profitez de l’arrivée de l’été et que les fortes températures ne vous empêchent pas de savourer le retour des terrasses et restaurants ! 

A très vite pour les prochaines aventures en Amazonie et en Équateur !

Clotilde & Héloïse