Envolez-vous en Équateur !

Le temps file à toute vitesse mais nous ne vous oublions pas !  Voilà enfin un résumé de ces trois dernières semaines…
Fermez les yeux, et envolez-vous en Équateur avec nous !

Les aventures du Comedor

Comme nous vous avions raconté il y quelques semaines, nous travaillons sur ce projet de comedor qui est à construire de toutes pièces. La tâche est loin d’être simple car la notion équatorienne d’organisation est très très différente de celle française. Nous avons plein d’idées mais nous nous heurtons systématiquement à une distorsion du temps et donc de l’efficacité.

La préparation

Par exemple, notre premier objectif était de définir les menus et de rencontrer les cuisinières. Un vendredi nous discutons avec Magdalena; nous convenons de rencontrer les femmes qui doivent cuisiner le mercredi suivant, à 10h. Nous pensons à le lui rappeler lundi pour qu’elle prévienne les femmes concernées. La réunion devait donc avoir lieu à 10h avec nous trois et cinq cuisinières. La réalité est bien différente puisque nous nous asseyons pour parler à 12h30, avec deux cuisinières sur cinq ! Mais qu’à cela ne tienne, au moins nous avons les menus et le nom des cuisinières ! Magui tient à ouvrir le comedor le lundi suivant et nous comptons en profiter pour faire des photos et lancer la communication.

Deuxième coup de théâtre

Le lundi suivant lorsque nous voyons les cuisines fermées, nous comprenons que toutes les femmes ne sont pas au courant qu’elles doivent venir cuisiner ! Nous partons donc à la chasse aux numéros de téléphone (en espérant qu’elles en aient toutes un) avec pour objectif de prévenir les femmes du jour attribué, du menu, et accessoirement, s’assurer qu’elles soient bien disponibles… Et comme ça, sans que l’on ne comprenne, deux semaines viennent de s’écouler !

Bref, vous l’aurez compris, nous avons encore un peu de mal à prendre notre mal en patience mais nous le faisons avec le sourire. Cela nous permet de passer des moments privilégiés avec les femmes du comité. Et nous découvrons un peu plus la complexité de la culture kichwa.

Envolez-vous en Équateur: immersion dans la culture Kichwa

Le temps que nous passons à Jambi (le local du Comité) nous permet de faire de très belles rencontres et d’assister à des moments forts dans la culture kichwa.

8 de marzo, día internacional de los derechos de la mujer

Vous devez vous en douter, avec un comité de femmes, la journée mondiale des droits de la Femme est un jour de commémoration très important. Les femmes du comité se sont mobilisées pour organiser une marche dans la ville, rendant hommage à Dolores Cacuango (femme kichwa pionnière dans la défense des droits de la femme indigène), et un grand rassemblement dans le local.

C’est une belle image de voir ces femmes indigènes et métisses, souvent issues de milieux ruraux, se mobiliser pour défendre leur condition. Nous avons été très touchées par ces femmes, beaucoup de plus de 50 ans, en tenue traditionnelle, comme sorties de livres d’histoire, donner de leur voix pour un sujet plutôt contemporain.

L’ambiance était à la fois festive et solennelle : beaucoup trop de femmes sont encore battues et/ou privées de certaines libertés par leur mari… Magdalena a pris la parole et nous avons été impressionnées par la puissance de son discours. Grâce à des mots simples, forts, avec beaucoup de pudeur, et au travers de son expérience personnelle, elle a évoqué les réalités des femmes de son entourage et les difficultés à se faire entendre et respecter en tant que femme indigène. Un message plein de force et de compassion qui nous a beaucoup inspirées ! 

Clotilde et Héloise participent à la journée internationale des droits des femmes en Equateur
Marche à Otavalo pour les droits des femmes indigènes

La fête du printemps

La culture kichwa laisse une place centrale à la nature : les changements de saison donnent lieu à des festivités hautes en couleurs, danses, et gastronomies ! Nous avons eu la chance de suivre les femmes du comité pour la célébration du printemps. Ce fut un moment hors du temps dans un lieu impressionnant : au cœur de la laguna Cuicocha que nous avions visitée un mois plus tôt. L’ambiance était assez unique : le ciel était noir, très haut au-dessus de nous, et la pluie et le vent venaient agiter le bateau qui nous faisait traverser le lac.. Cela n’a pas empêché certaines femmes de se baigner et de se faire purifier avec des branchages et des fougères : il faut dire que cela devait sûrement les réchauffer !

Après avoir partagé du maïs, du bœuf cuit dans l’huile et des haricots, nous sommes rentrés nous mettre au chaud les yeux encore surpris après ce que nous venions de voir. Prochaine célébration ? Le passage à l’été, l’une des principales fêtes indigènes !

Purification dans la lagune
Feu de camps à l'occasion de la fête du printemps

Les enjeux politiques locaux 

Afin que vous compreniez un peu mieux les enjeux des présidentielles en Équateur, nous souhaitons vous partager ce que nous avons appris depuis notre arrivée. A une semaine du dernier tour des présidentielles, laissez-nous vous détailler les principaux sujets dont nous avons entendu parler.

L’économie

L’État équatorien est un état extrêmement endetté. Face aux créances, les politiciens sont divisés. D’une part, certains, dont le candidat à la présidence Guillermo Lasso, prônent une réduction des dépenses publiques et une politique de rigueur dans le but de rétablir la solvabilité de l’Etat et d’attirer les capitaux étrangers. Le moyen mis en avant pour sortir l’Équateur de cette situation difficile est notamment d’assouplir le marché du travail et de créer des emplois. A l’inverse, les opposants, et notamment Andrés Arauz, l’autre candidat en tête des sondages, préconisent de mener une politique sociale, quitte à faire défaut sur la dette, et jugent d’un bon œil une intervention plus soutenue de l’État.

L’environnement

Ce premier sujet en tire un second d’ordre environnemental. Faut-il que l’Équateur exploite pleinement ses ressources pétrolières et minières au détriment de l’environnement ? Il s’agit pour le pays d’une potentielle source de revenu conséquente qui permettrait, entre-autre, de soutenir les dépenses de l’Etat et de créer de l’emploi. Face à l’ampleur des difficultés économique et sociale, encore plus aujourd’hui après une année très rude, aucun des deux candidats pour la présidence n’accorde trop d’importance aux questions environnementales.

Les discriminations

Un dernier sujet essentiel et auquel nous sommes le plus sensibilisées est la question indigène, notamment parce qu’il s’agit d’un grand sujet dans la région où nous vivons. Entre discriminations et préjugés, les indiens sont encore très marginalisés. Malheureusement, ce sujet est assez largement écarté par les deux candidats. En revanche, depuis que le candidat Yaku Perez, seul candidat se revendiquant comme indigène et abordant l’importance de ce sujet ainsi que celui de l’environnement, a été écarté du second tour, quelques manifestations ont eu lieu dans les principales villes andines du pays.

Vous voici désormais plus aptes à comprendre les points de tensions en Équateur, et nous aussi !!

Notre vie en vrac

Mi-mars, le temps d’un week-end, nous nous sommes échappées dans la Vallée de l’Intag pour découvrir des paysages qui nous étaient encore inconnus. En effet, l’Intag est une région au nord d’Otavalo, avec une ambiance entre la vallée montagneuse et la forêt tropicale, où le fleuve Intag se fraie un chemin. La route pour y accéder est une aventure à elle toute seule ! Les cols à passer sont nombreux, la route est étroite et sinueuse, il ne faut pas trop regarder par la fenêtre ! Après 2h30, nous étions descendues à une altitude bien inférieure à celle d’Otavalo, que nous ressentons immédiatement dans la respiration. Cela fait tellement de bien de respirer à plein poumons ! Notre auberge pour trois nuits est semblable à nos rêves. Il s’agit d’une petite maison au bord de la rivière avec des lits accueillants que nous ne tardons pas à essayer, nous avons du sommeil à rattraper… Le bruit de la rivière nous dérange et fini par nous bercer. C’est nettement plus agréable que le bruit du livreur de gaz ou la musique des voisins !

Envolez-vous en Équateur: à la découverte de l’Intag

Le lendemain, le réveil est tout aussi reposant. Au menu, des pancakes à la noix de coco et aux pommes chaudes, un bon café, un soleil qui chauffe et le bruit de l’Intag qui cascade à nos pieds !  Bénéficiant de notre nouvelle endurance acquise à Otavalo, nous profitons de la matinée pour explorer les paysages vallonnés, creusés par le rio Intag. Quelle joie de faire un effort physique et de sentir que le sport en haute altitude porte ses fruits ! Le reste du week-end s’étire doucement entre lecture au soleil et papote avec les autres résidents de l’auberge et les voisins. Nous rencontrons notamment Samuel, père de 8 enfants, qui se fait une joie de nous faire goûter son alcool maison : un concentré d’alcool de sucre de canne ! Heureusement pour notre estomac, nous avions mangé une banane juste avant, mais l’impression de brûlures à l’œsophage a duré quelque temps… Ce fut un week-end reposant, ressourçant et nous sommes revenues à Otavalo avec la ferme intention de revenir dans les prochains mois, cela fait un bien fou ! 

Montagne et paysage avec nuage, chevaux en plein air
Paysage avec petite maison aux tuiles rouge, montagnes équatoriennes

L’arrivée des beaux jours

A notre grande joie, il fait de plus en plus beau ! Depuis que nous sommes arrivées, il a plu quasiment tous les jours, pas beaucoup, mais suffisamment pour réaliser que nous aurions dû prendre un manteau…. Depuis deux semaines, Clotilde prend son petit déj sur la terrasse et Héloïse bouquine au soleil, et cela fait du bien !  Nous avons aussi rencontré les quatre autres filles qui travaillent avec Impulso, c’est chouette de parler français autour d’une bière et de partager nos aventures ! Nous sommes toutes d’accord pour dire que la crème fraîche nous manque mais que l’ananas et les avocats sont des explosions de saveurs incroyables. C’est aussi très intéressant de comparer nos missions et nous apprenons beaucoup de nos différentes expériences. Enfin, le cap des deux mois est passé et nous continuons de savourer chaque jour avec joie et curiosité ! Notre binôme marche du feu de Dieu et chaque semaine apporte son lot de fou-rires, oubli de clés, grande discussion sur la terrasse ensoleillée, vaisselles en musique et tentatives culinaires. Un signe que notre duo n’est que réussite ? Nous avons réussi à monter 6 blancs en neige pour une mousse au chocolat… à la main ! Elle se tenait parfaitement mais le chocolat est bien loin de notre Nestlé Dessert Chocolat Noir que nous connaissons tous, nous comptons bien recommencer jusqu’à l’équilibre parfait !  
Heloise et Clotilde sur leur terrasse devant les montagnes
Equipe de volontaires en équateur en début 2021

Voilà pour notre petite vie équatorienne depuis quelques semaines ! Nous suivons aussi l’actualité française et vous envoyons plein de courage et de bonnes ondes en ces mois encore compliqués …

A très vite pour les prochaines nouvelles de l’équateur !

Clotilde & Héloïse